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  • Alexandra Joutel

Rêves et sommeil paradoxal

Dans mon article du 14/11/2018 intitulé « Comment se souvenir de ses rêves ? », j’écrivais que, selon les neurobiologistes, nous rêvons pendant la phase de sommeil paradoxale, mais que j’avais quelques remarques à faire à ce sujet. Les voici.


C’est le neurobiologiste français Michel Jouvet qui, en 1961, met en évidence les cycles du sommeil et leurs différentes étapes. Il distingue notamment deux grandes phases dans chaque cycle : le sommeil lent et le sommeil dit paradoxal. La phase de sommeil lent serait un temps de récupération de la fatigue physique, avec une activité mentale faible. Alors qu’on observe durant la phase de sommeil paradoxal, une activité cérébrale intense et des mouvements oculaires rapides, tandis que le corps est totalement relâché. D’où sa qualification de paradoxale.


Michel Jouvet affirme que c’est pendant cette phase « paradoxale » que nous rêvons, ce qui explique l’activité cérébrale intense et les mouvements oculaires. Or cette phase ne se produit qu’en fin de cycle, après la phase de sommeil lent, soit au bout de 70 à 100 minutes de sommeil selon les personnes (un cycle durant entre 90 et 120 minutes). Nous ne rêverions donc qu’après 1h10 de sommeil minimum.


Alors que j’écrivais mon article sur « Comment se souvenir de ses rêves ? », je cite spontanément cette affirmation, reprise par de nombreux neuroscientifiques spécialistes du sommeil à la suite de Michel Jouvet, que nous rêvons durant la phase de sommeil paradoxal. C’est alors que de lointains souvenirs me reviennent, ceux de siestes où je me souvenais avoir rêvé. Or, une sieste ne dure jamais 70 minutes, mais 15 à 20 minutes tout au plus. A moins d’être hors norme, je ne pouvais pas être en phase de sommeil paradoxal. Je me dis alors que ces souvenirs sont anciens : suis-je si sûre d’avoir rêvé ? Laissant la question de côté, je continue à écrire mon article, dont le sommeil paradoxal n’était pas le sujet.


Il se trouve que deux ou trois jours après, je me réveille un matin de grasse matinée à 7h05, heure affichée par mon réveil. Jugeant que c’est trop tôt pour un dimanche, je referme les yeux, me tourne de l’autre côté et me rendors. Je me réveille un peu plus tard, avec un beau rêve tout frais en tête que je m’empresse de noter sur le cahier posé sur ma table de chevet. Mon regard se pose en même temps sur le réveil qui affiche 8h pile. Aussitôt, ma réflexion précédente me revient et je me dis que si j’ai fait un rêve au bout de 55 minutes de sommeil très exactement, ou ma durée de cycle est franchement atypique ou on rêve aussi en phase de sommeil lent.


Je n’avais pas de réponse à ma question, mais le doute s’étant immiscé en moi, j’ai préféré modifier prudemment la phrase de mon article, en précisant que c’était « selon les neurobiologistes » que nous rêvions pendant la phase de sommeil paradoxal. J’attendais d’en savoir plus ou d’avoir d’autres cas mettant en cause cette affirmation.


Le « hasard » a voulu que je tombe sur une émission de radio consacrée au sommeil ce mardi 11 décembre 2018 (« Grand bien vous fasse » sur France Inter). Y était invitée une chercheuse en neurosciences de l’INSERM, spécialiste du sommeil : Perrine Ruby. Et que répond-elle soudain au psychiatre assis en face d’elle et qui affirme à son tour que nous rêvons pendant les phases de sommeil paradoxal ? Eh bien que les dernières recherches et expériences faites en neurosciences tendent à prouver que c’est faux et que nous rêvons pendant toutes les phases de sommeil ! Si l’on réveille, par exemple, des dormeurs en phase de sommeil lent et ce, au cours du premier cycle de sommeil (c’est-à-dire qu’ils n’ont pas encore vécu de phase de sommeil paradoxal pendant la nuit), ils sont capables de rapporter des rêves qu’ils étaient en train de faire. Et des rêves complets, pas seulement des bribes. Autrement dit : mon doute était fondé. CQFD !

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> Pour en savoir plus sur les recherches de Michel Jouvet : Le Sommeil et le Rêve, paru aux éditions Odile Jacob. Un ouvrage passionnant. A noter que le neurobiologiste s’est beaucoup penché sur la fonction des rêves et que ses hypothèses invalident, selon lui, celles de Freud, mais confirment en revanche celles de Jung.


> France Inter « Grand bien vous fasse », émission du 11/12/2018 sur le sommeil : https://www.franceinter.fr/emissions/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-11-decembre-2018




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