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  • Alexandra Joutel

Rêve-t-on plus durant le confinement ?

Une journaliste m’a posé la question, car il lui semblait que c’était le cas pour elle et son entourage, et de nombreux articles paraissent en ce moment à ce sujet dans la presse. Je vais donc y répondre.


La réponse est non. Nous ne rêvons pas plus en période de confinement, sauf si cette période d’arrêt vous permet de dormir plus que d’habitude. Dans ce cas, vous faites effectivement un ou deux cycles de sommeil supplémentaires, chaque cycle apportant son lot de rêves supplémentaires.


Sinon, je le rappelle : nous rêvons toutes et tous chaque nuit, plusieurs fois par nuit, et ce tout au long de notre vie.


Le problème n’est jamais de savoir si l’on rêve ou pas, mais de savoir pourquoi on s’en souvient ou pas.


Si, durant le confinement, certains ont l’impression de rêver plus, c’est en fait parce qu’ils se souviennent mieux de leurs rêves. C’est une question de qualité de mémorisation et non une question de quantité de production (sauf exception évoquée ci-dessus).

Alors, pourquoi s’en souvient-on mieux ? Plusieurs réponses possibles.


Moins de stress


D’abord, parce que, pour de nombreuses personnes, le stress de la vie quotidienne a disparu (je ne parle évidemment pas ici de ceux qui continuent à travailler et encore moins du personnel soignant confronté de plein fouet à la crise sanitaire et dont le niveau de stress a dû considérablement augmenter).


En temps normal, quand on travaille ou que l’on doit emmener les enfants à l’école (et c’est souvent une combinaison des deux), à peine le réveille-matin a-t-il sonné que l’on est déjà plongé dans notre course contre la montre : préparer le petit déjeuner, réveiller les enfants, penser à prendre rendez-vous chez le pédiatre ou chez le coiffeur, regarder l’heure, gérer le temps de passage dans la salle de bain, chercher les clés, etc. Sans parler de l’anticipation de ce qui nous attend au travail.


Nos yeux sont à peine ouverts que nous sommes déjà assommés par notre « charge mentale » quotidienne et pris dans les rets d’un timing serré. Exit les images de la nuit, pas le temps de s’en souvenir ou de s’y attarder.


Alors quand soudain, du fait du confinement, toute la roue de hamster dans laquelle on court habituellement disparaît, cela produit une ouverture : notre cerveau redevient disponible et les rêves ont le temps de s’imprimer dans notre mémoire vive. On a même le temps de les noter et de s’y intéresser.


Plus d’angoisses


Pour autant, si une forme de stress a disparu pour les uns, des angoisses sont apparues pour les autres (les deux pouvant aller ensemble).


En cette période de crise, un grand nombre de nos peurs fondamentales, très souvent refoulées et que notre rythme de vie effréné permettait plus ou moins d’oublier, réapparaissent sur le devant de la scène. Peur de la mort, peur de la maladie, peur de ce qui est invisible et que nous ne contrôlons pas (par exemple, un virus), peur de la solitude, peur du lendemain, peur de l’insécurité, peur du changement… La liste est longue !


A cela s’ajoute le fait que tous nos repères habituels se sont effondrés d’un coup. Il a fallu s’adapter tant bien que mal et changer nos habitudes de façon subite et radicale. Or, les habitudes et la routine constituent bien souvent une sorte de rempart sécurisant face à nos peurs.


Les angoisses générées par cette situation extrême et inédite vont bien entendu se retrouver dans nos songes et produire des rêves dits désagréables, voire carrément des cauchemars. Et il se trouve qu’en règle générale, on se souvient plus facilement de ces derniers que d'autres rêves plus anodins, tout simplement parce que leur charge émotionnelle est plus forte. S’en souvenant mieux, on aura l’impression de rêver plus. Mais, encore une fois, ce n’est pas le cas.


Que faire face aux cauchemars ?


Précisons d’abord que tout le monde ne fait pas des cauchemars pendant le confinement, certains font même de très beaux rêves. Cela dépend de la façon dont nous vivons personnellement cette situation de crise et du niveau d’angoisses et d’inquiétudes que cela génère en nous. Il n’y a pas de généralités.


Ensuite, si vous êtes assailli de cauchemars, l’erreur est souvent de les prendre comme des rêves prémonitoires, ce qui est rarement le cas. Mais quand on est angoissé, on a malheureusement tendance à se focaliser sur ce qui nourrit et confirme ses angoisses et à s’affoler en interprétant ses rêves de manière tragique. Cela devient vite un cercle vicieux.


Sans être tragiques, ces rêves peuvent cependant être un signal d’alarme intérieur et indiquer que vous êtes émotionnellement saturés : il est sans doute temps pour vous de prendre un peu de distance par rapport à la situation. Écoutez moins les informations et faites des activités qui vous recentrent et vous font du bien. Selon vos goûts et vos possibilités, cela peut être de la peinture, du jardinage, de la relaxation, de la méditation, de la marche en silence… N’importe quelle activité qui vous sort du flux anxiogène des actualités et vous reconnecte à la nature et au moment présent.


Cela vous permettra également d’aborder plus sereinement la suite, car n’oublions pas une chose : s’il est un virus extrêmement contagieux et qui se répand à vitesse galopante en ce moment, c’est bien celui de la peur. Et celui-ci n’a pas fini de nous agiter. Mais en prenant un peu de recul et en faisant preuve de discernement, nous pouvons éviter de nous faire contaminer et de contaminer les autres.


Portez-vous bien !



Photo : Thomas Ulrich / Pixabay

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