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  • Alexandra Joutel

Quelques idées reçues sur les rêves

Mis à jour : 11 nov. 2019

C’est sans doute au XVIIe siècle que les premières idées rationalistes sur les rêves sont apparues, les réduisant à un « ce n’est que » ceci ou cela. Petite réflexion sur deux d’entre elles, encore très répandues.


« Les songes d'un homme endormi ne sont composés, à mon avis, que des idées que cet homme a eues en veillant, quoique pour la plupart jointes bizarrement ensemble », écrit le philosophe anglais John Locke en 1689, dans son Essai sur l'entendement humain.


Voici une idée qui a fait son chemin et qui a encore cours aujourd’hui. Une autre idée, développée à la même époque, est que les contenus des rêves sont générés par nos ressentis corporels durant le sommeil. Regardons de plus près.


Un remixage des événements de la veille


Une idée ne vient jamais de nulle part et il est vrai que certains rêves vont utiliser des événements que nous avons vécu la veille ou les jours précédents. Mais dire que cela concerne tous les rêves est faux et dire que nos rêves ne sont que cela est très réducteur. Il suffit de se pencher sur nos productions oniriques pour le constater. Mais il y a des idées auxquelles on aime s’accrocher, même si nous avons la preuve du contraire.


J’ai à ce propos un exemple saisissant, que l’on m’a rapporté. Au cours d’un repas, un ami discutait au sujet des rêves avec une femme, convaincue comme Locke qu’il ne s’agissait que de remixages d’éléments de la veille. La discussion se poursuit, en arrive aux cauchemars et la femme raconte soudain qu’elle fait depuis longtemps un rêve récurrent où un homme la poursuit dans la rue avec un harpon. J’ai aussitôt demandé à mon ami si cette femme croisait souvent dans la rue un type muni d’un harpon, les jours précédant ces fameux rêves. Malheureusement, il ne lui a pas posé la question. C’était pourtant la preuve que sa conception était erronée, car on peut, sans trop se tromper, penser que cette femme n’a jamais croisé de type avec un harpon dans la rue, ni la veille de ces rêves, ni jamais de sa vie.


Si nos rêves ne faisaient que remixer des événements de la veille, à quoi serviraient-ils ? A revivre des vécus émotionnels pour mieux les digérer et les assimiler, disent certains, comme une sorte de rumination psychique. Pourquoi pas ?


Seulement on se rend compte que lorsque les rêves utilisent des événements de la veille, ils vont parfois choisir des faits ou des détails qui nous semblent anecdotiques et laisser de côté d’autres contenus auxquels nous aurions a priori accordé plus d’importance…


En fait, la plupart de nos rêves n’empruntent aucun élément de la veille. Ils sont même d’une créativité assez libre et peuvent aussi bien mettre en scène des éléments piochés dans un passé très ancien (la maison de notre enfance, une grand-mère disparue, notre première voiture…), que des éléments sortis de nulle part (un lieu jamais vu, une personne inconnue…) ou même parfois des éléments issus de notre futur proche (cf. mon article du 23/12/2018 sur les synchronicités).


Si Locke avait mieux observé ses rêves, je suis sûre qu’il aurait fait le même constat. Car en fait, les éléments utilisés par le rêve, donc par l’inconscient, n’ont aucun rapport avec le temps, passé, présent ou avenir. Ce que l’inconscient va retenir et souligner, ce sont les éléments de notre vie ayant en eux-mêmes une portée symbolique utile pour nous (mais qui nous a échappé) ou les éléments qu’il va pouvoir lui-même transformer en symboles signifiants, généralement en les modifiant légèrement par rapport à la réalité. Si la veille de votre rêve, rien de ce que vous avez vécu n’avait de potentiel symbolique utile pour vous, l’inconscient n’en retiendra rien. En revanche, il n’hésitera pas à créer de toute pièce des symboles nouveaux, sans lien avec votre vécu concret (comme, par exemple, un homme avec un harpon), pour vous faire comprendre quelque chose.


Une émanation de nos sensations corporelles


De même, l’idée selon laquelle les contenus des rêves seraient générés par nos sensations physiques durant notre sommeil (théorie organique des rêves) reste très enracinée, bien que non prouvée. Des recherches récentes ont même démontré que les stimuli externes avaient rarement des conséquences sur les rêves et, dans tous les cas, n’en devenaient jamais le sujet central.


Donc non, nous ne rêvons pas que nous mangeons parce que nous avons réellement faim pendant que nous dormons. Et non, nous ne rêvons pas que nous volons dans les airs parce que nos pieds ne touchent plus le sol lorsque nous dormons - argument que l’on m’a un jour soutenu, car soi-disant défendu par un scientifique « très sérieux ». Eh bien sérieusement, comme personne à ma connaissance ne dort debout les pieds collés au sol, nous devrions tous rêver chaque nuit que nous volons. Or, ce n’est pas le cas.


Nous sommes loin de tout savoir sur les rêves et leurs mystères, mais il me paraît pertinent de confronter certaines affirmations (transformées à la longue en idées reçues) avec l’observation simple et empirique des rêves ou de vérifier leur bien-fondé en faisant preuve d’un minimum de logique et de bon sens.



Photo : StockSnap / Pixabay

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